Le lieu d’évaluation interne

Le lieu d’évaluation interne est une notion Rogerienne de  l’approche centrée sur la personne, son pendant étant le lieu d’évaluation externe.

A mesure que l’individu perçoit et accepte, à l’intérieur de la structure de son self, d’avantage ses expériences organiques, il se rend compte qu’il remplace son système de valeur actuel – basé dans une si large mesure sur des introjections qui ont été symbolisées de façon déformée – par un processus d’évaluation organismique continu.[1]

Etre référent de son évaluation

L’individu s’utilise de plus en plus comme référent de son évaluation de ses expériences sensorielles et viscérales et non ce qu’il a introjecté. Donc là, la personne fonctionne plutôt bien.

Pour ce qui me concerne j’ai « joué » avec l’institution hôpital, les médecins, les soignants. J’ai réussi à prendre en main ma guérison, en estimant qu’ils me faisaient des propositions que j’étais libre d’accepter ou de refuser et ce, sans être dans la confrontation.

Le réseau relationnel de soins

Dans cette voie de soin, de guérison quelque peu périlleuse (je fais référence à la gravité de la pathologie et au type de soins), il est évident pour moi que je ne peux m’y engager seule. Assez rapidement je construis un réseau relationnel de soins, d’accompagnement. J’ose demander aux personnes de mon entourage de m’accompagner à l’hôpital. Je sais que je ne dois pas y aller seule. C’est un milieu difficile, et étant dans une situation de faiblesse physique j’ai besoin de cet accompagnement et j’ose demander. Petit à petit j’organise les « pique-niques à l’hôpital », et petit à petit il y a une liste d’attente ! Nous nous préparons à manger de bonnes choses et ces moments deviennent des moments privilégiés entre mon accompagnant(e) et moi, des moments d’intimité.

Préparer les entretiens

Lors des consultations avec un médecin, la personne qui m’accompagne doit bien écouter ce qui se dit, car je ne peux pas tout entendre. Il y a beaucoup d’informations, parfois difficiles à enregistrer surtout quand le médecin évoque le fait que je peux ne pas m’en sortir. La plupart du temps c’est Sandra qui m’accompagne ; dans le VSL qui nous conduit, nous préparons l’entrevue : ce que j’ai à dire, les questions à poser. Il y a fort à parier que l’émotion m’envahissant j’oublie ce que je voulais dire.

Sous certaines conditions, impliquant essentiellement l’absence complète de toute menace envers la structure du self, les expériences qui sont inconsistantes avec celle-ci, peuvent être perçues et examinées et ainsi la structure du self révisée afin d’assimiler et d’inclure de telles expériences.[2]

Là, Rogers évoque ici la souplesse du self. Il introduit la notion de Regard Positif Inconditionnel, le RPI, qui installe un climat de sécurité psychologique : quand je suis coincée dans ce cercle vicieux de dénie des expériences, de menace, de rigidité etc… si quelqu’un m’apporte ce climat de sécurité psychologique, de RPI, d’absence de menace, à ce moment-là que je peux de nouveau aller explorer des expériences qui jusque-là étaient bloquées par la défense de mon self, et là je permets que ça recircule, et donc je réassouplis mon self parce qu’il y inclut de nouveau des expériences sensorielles et viscérales.

Pour moi ces deux mouvements là peuvent coexister car des parties de self peuvent être rigides et d’autres rester souples. C’est ce que Rogers dit dans l’échelle du processus thérapeutique. Suivant la partie du self en jeu la personne peut être à un stade avancé ou non.

Ainsi dans ce réseau relationnel de soin, j’ai la chance d’être entourée de personnes formées à l’Approche Centrée sur la Personne et qui savent quelles attitudes prendre pour être aidantes avec moi. Il y aussi des personnes qui ne sont pas formées à l’ACP mais qui naturellement proposent les bonnes attitudes : leur RPI, leur congruence, et la compréhension empathique. Ces personnes sont autant de sherpas, selon l’acception de Maria Villa-Boas Bowen[3]. Toutes sont des guides qui m’aident à faire appel à mon guide intérieur grâce à leur confiance en moi et en mes capacités à faire les choix nécessaires sur ce chemin de guérison. Et ces attitudes me font dire que cet entourage ne m’a pas donné d’autres choix que de guérir : vous me faites confiance, et je vous montre que vous avez raison.  Ces deux mouvements se nourrissent l’un l’autre installant une profondeur relationnelle, «  une relation de personne à personne, vivante et transformatrice »[4] qui m’a mis sur la voie de la réconciliation avec moi-même.

L’écoute

Il est important de faire ce travail par l’écoute pour retrouver son lieu d’évaluation interne. Au début de sa vie la personne renonce à sa congruence pour être aimée, se faire accepter. Soit je fais plaisir aux médecins, soit je m’écoute moi, et « j’en fais qu’à ma tête », en fait je n’en fais qu’à mon ressenti. Je ne suis pas dans le cérébral mais bien dans mon lieu d’évaluation interne.

Tout en se réappropriant son propre lieu d’évaluation interne, la personne se réapproprie son pouvoir sur elle-même.

Dans la partie à venir, je parle du désempowerment et de son contraire : l’empowerment. Comment la personne est dépossédée de son pouvoir personnel puis de l’importance de se le redonner.

 

[1]C. ROGERS,  Théorie de la personnalité en 19 propositions, in Client centered therapy, 1951, traduction de F. Ducroux-Bias, M. Mus et S. Daix, n°19.

[2]C. ROGERS,  Théorie de la personnalité en 19 propositions, in Client centered therapy, 1951, traduction de F. Ducroux-Bias, M. Mus et S. Daix, proposition n° 17.

[3]M. VILLA-BOAS BOWEN, Le processus thérapeutique, le thérapeute, l’apprentissage, Center of studies of the person, La Jolla, California, mai 1984. p. 18.

[4]B. DARTEVELLE, La psychothérapie centrée sur la personne, approche Carl Rogers, – Bernet – Danilo – 2005, p. 18.

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