Poèmes – « La mort », Alain Pontoppidan ; « Invictus », William Ernest Henley

à Virginie

La mort

La mort
Claque des doigts
Et ses chiens suivent la piste
Attaque fulgurante
Ou longue traqueChataigneir Loubercenac (3)
La meute sans pitié
Implacable
S’accroche à sa proie et ne la lâche pas.
Maladie débilitante
Lente agonie
Ou Fulgurante exécution,
Les chiens de la mort ont toutes les cartes dans leur jeu
Et tranchent
Le fil du temps qui nous est imparti.

Des légions de médecins                                                                                                              
Des cohortes d’infirmières
Des chirurgiens, des thérapeutes, des guérisseurs
Se dressent sur son chemin
Des multinationales rusent avec le terme
Et engrangent de milliards à biaiser le combat
Reculent l’échéance
Sans jamais libérer le flux vital
Qui seul peut surseoir au décret de fin.

La mort
Sa faux, ses chiens sur toi,
Aujourd’hui
Non
Je ne veux pas
Je ne veux pas
Ce n’est pas le moment
Ce n’est pas la bonne personne
Vous devez vous tromper
Il est trop tôt
Elle est trop bien
Je l’aime trop

Hier une toux un peu trop insistante,
Des démangeaisons gênantes
et aujourd’hui
le crabe qui ronge le dedans
le dérèglement fatal, venu on ne sait d’où
On ne sait pourquoi
Loi d’airain généalogique
Réponse du corps à un impossible écartèlement
Faillite du processus vital
Impasse depuis trop longtemps passée inaperçue
Voilà
C’est là
Tumeur

L’arsenal hospitalier est en place
Les empêcheurs de mourir sont prêts
Chimio
Opération
Rémission espérée
Peut-être
Et puis ?

Je l’ai vue à l’œuvre
Cette grande entreprise
J’ai vu partir des personnes aimées
Rongées par les traitements sensés tuer la tumeur
J’ai vu
La souffrance
La douleur
Le plus d’espoir
J’ai vu
Le fil d’ici se rompre
Sans que celui de là bas soit tenu
Partir en pourriture
Finir cassé, en panne de vie
Submergé par les attaques de la maladie
Et maintenu non mort par les machines et les médications

J’ai vu la fin miséricordieuse
Après longue et épuisante lutte
Après longue tentative d’inverser le processus

Je ne sais
Je ne sais
Je ne sais pas
Pourquoi toi
Oui, pourquoi ?
C’est trop tôt, tu es trop jeune,
Trop amoureuse de la vie
Trop précieuse, trop rare,
Respectant le vivant, cherchant le vrai
Assumant le don de la vie
La liberté des êtres
C’est quoi ce coup tordu ?
C’est quoi cet outrage
Cet arbitraire ?

Fait chier
Un jour ce sera moi,
Je ne sais pas
Aujourd’hui c’est toi qui m’est chère
Et je ne peux rien faire.

Tu vas lutter, je sais
Pas comme un samouraï,
Pas comme Rambo, comme Rocky Balboa,
Tu vas mettre ta vie dans la balance, toute ta vie
Tu vas jouer franc jeu
Pour voir si les chiens de la mort
Veulent bien interrompre leur course
Et se muer en chien de vie, en anges gardiens

Est ce qu’il y a quelque chose à comprendre
Est ce qu’il y a à lutter
Je veux dire est ce qu’il y a une chance de passer ?
Rien ne le dit
Mais il y a, oui, à lutter
A intégrer cette donnée maligne
Parce que c’est la réalité
Et danser avec
Gagner du temps
Gagner le temps
Le juste temps
En profiter pour s’approcher du soleil
Danser avec les chiens
Entendre le chant de vie
Acquiescer
Mettre la mort dans la vie, elle y est de toute éternité
Jouer le jeu
Avec une infime chance de succès
Avec l’intention de ne pas lâcher l’affaire
De ne pas laisser passer l’occasion
Puisqu’il n’y a que celle là
Ne pas laisser passer l’occasion
D’être
De grandir
D’approcher le mystère
Et quel qu’en soit l’issue
Accepter le deal
Comme si c’était un choix
S’embarquer pour Cythère
Ou pour le Lété
Saluer Cerbère
Et franchir pavillon haut
Les portes du destin

En souriant.

Que Dieu te garde
Je t’aime.

Alain Pontoppidan

ami, counselor, poète, jardinier…

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                                                            Invictus

 

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeomings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath ans tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and Shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
Am the captain of my soul.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,

Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

 

William Ernest Henley (né le 23 août 1849 à Gloucester et mort le 11 juillet 1903 à Woking) est un poète, critique littéraire et éditeur britannique.
Il a reçu une éducation religieuse à la grammar school Crypt (en). Atteint d’une tuberculose osseuse à l’âge de 12 ans, il dut subir une amputation de son pied gauche à mi-jambe.
En 1875, il écrit de son lit d’hôpital le fameux poème Invictus dont le titre latin signifie « invincible ». Il disait lui-même qu’il avait écrit ce poème comme une démonstration de sa résistance à la douleur qui suivit son amputation du pied. Ce poème fut l’objet de nombreuses citations.

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Awakening

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