LE PROCESSUS THÉRAPEUTIQUE, LE THÉRAPEUTE, L ‘APPRENTISSAGE (1)

L’extrait du texte que je vous propose est de Maria Villas-Boas Bowen. C’est un texte qui nous a été donné lors de ma formation à l‘Accompagnement psycho-social (Counselling). J’ai beaucoup aimé ce texte pour l’image que l’auteur utilise : la comparaison entre un thérapeute et un sherpa ; comparaison que j’ai trouvé tellement juste et qui pour moi devrait s’étendre à tous les types de relation.

Randonneurs, Himalaya, Montagnes, Trekking, Sherpas

LE PROCESSUS THERAPEUTIQUE, LE THERAPEUTE, L ‘APPRENTISSAGE

Maria Villas-Boas Bowen, Ph.D.

Center for Studies or the Person, La JOLLA (California)

 

I – LE PROCESSUS THÉRAPEUTIQUE

Les Tibétains croient que, caché au fin fond de l’Himalaya, dans une vallée entourée de hauts sommets neigeux, s’étend un royaume mystérieux d’une incroyable richesse et d’une grande beauté. Le sol jonché de fleurs est purifié par une eau parfumée; ses palais sont recouverts de pierres précieuses. Y abondent aussi des arbres sous lesquels un souhait formulé se trouve aussitôt exaucé. Les gens y sont tranquilles, heureux, coopérants et solidaires entre eux ; le roi de ce pays gouverne avec bienveillance et compréhension. A Shambala – c’est ainsi que se nomme ce royaume, de vieilles traditions et connaissances sont préservées. Le voyageur qui défie les rigueurs du chemin et, qui en franchit les obstacles, atteint cette terre sacrée et y trouve l’enseignement nécessaire pour maîtriser le temps et se libérer de toute contrainte. Paix, harmonie, liberté, bien-être et abondance y règnent. Là-bas, le bonheur et la joie égalent ceux des Dieux eux-mêmes.

Ceux qui se sont penchés sur le mythe de Shambala proposent deux manières d’interpréter ces textes tibétains. S’agit-il d’une localité géographique effective, ou bien ce royaume n’est-il qu’une métaphore concernant les profondeurs cachées de l’âme, l’expression d’un voyage spirituel, celui de notre vie intérieure sur la voie de sa réalisation et de sa complète libération ?

Alors que les Tibétains peuvent voyager à travers l’espace pour accéder à un état plus élevé de conscience, Carl Rogers a voyagé, lui, à travers le temps pour décrire un niveau également élevé de conscience humaine. Son texte sur « LA PERSONNE DE DEMAIN » (Rogers 1981) est un de ceux qui mettent en évidence les vastes ressources intérieures pouvant conduire à la connaissance de soi et à l’autonomie individuelle. Une telle personne est libre, équilibrée, sage et sereine. Elle est capable d’agir créativement, quelle que soit la situation rencontrée. Confiante en son guide intérieur, plutôt que de se référer exclusivement a la science, à la technologie et aux institutions, la « Personne de Demain » compte sur sa propre autorité. Elle est attentive, capable de rapports étroits, ouverte autant aux autres qu’à sa vie intérieure. Pour elle, la vie est plénitude, fondée sur l’intégration des diverses énergies, plutôt que mue uniquement par des possessions matérielles ou par l’acquisition de statuts sociaux. De plus, la « Personne de Demain » est guidée par une recherche spirituelle. Contrairement à Shambala, Rogers ne promet pas le bonheur et la joie à la mesure des Dieux, mais il est évident qu’une telle personne ne manquera pas d’accéder à une vie riche et accomplie.

La thématique qui sous-tend à la fois le mythe de Shambala et « La Personne de Demain » semble indiquer que nous possédons en nous des ressources qui, mises en valeurs, nous permettront de mieux nous sentir en accord avec nous-mêmes, avec les autres et avec nos valeurs sociales et spirituelles. Ainsi reliées à ces sources, nos existences tendront à être l’expression d’une plus grande liberté et d1un niveau plus élevé de conscience.

Les Tibétains nous ont laissé des écrits sur la manière d’atteindre Shambala. Certains d’entre eux, sous forme de poèmes, ont été conserves sur d’anciennes tablettes de bois. Ils traduisent par des images les sentiments et le vécu intérieur des pèlerins et proposent des, rituels pour puiser l’énergie nécessaire à la traversée de certaines étapes du voyage. Ils indiquent comment dépasser les obstacles et décrivent le chemin qui reste à faire. De son côté, Rogers, d’une manière plus subtile, explique comment le déroulement d’une psychothérapie peut aider à cette prise de conscience de la « Personne en Devenir ». Il affirme que si le thérapeute est « empathique », « congruent », « attentionné » et positif à l’égard du client, un climat sera créé, propre à favoriser son voyage intérieur. Il décrit aussi ce à quoi ressemble ce voyage lorsqu’il énonce les caractéristiques de processus thérapeutique (Rogers 1959). De même, ses hypothèses quant aux effets sur la personnalité et le comportement résultant d’une thérapie (1959), peuvent être considérées comme l’explication de ce qui précède.

Il me plaît de mettre en parallèle le voyage à travers l’espace du mythe de Shambala et le voyage à travers le temps de la « Personne de Demain » décrit par Rogers, en tant que métaphores appliquées â la psychothérapie. L’espace et le temps sont des concepts linéaires qui nous aident à appréhender notre réalité du moment. Il me plaît de considérer ce voyage comme des représentations symboliques d’une prise de conscience de ce qui pré-existe. Ainsi, devenir et être ne font plus qu’un, tandis que Temps et Espace finissent par se rejoindre.

Népal, Himalaya, Everest, Trek, Pont Suspendu

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