LE PROCESSUS THÉRAPEUTIQUE, LE THÉRAPEUTE, L’APPRENTISSAGE (4)

III – L’APPRENTISSAGEglasses-272399_1920

De même que le Sherpa apprend, à devenir un guide au fur et à mesure de sa propre expérience, dans un premier temps sous la tutelle de guides plus expérimentés, la formation du psychothérapeute, hautement expérientielle, se fait aussi en collaboration avec des psychothérapeutes qualifiés. Dans les conditions actuelles de nos connaissances, l’apprenti thérapeute a l’avantage sur le Sherpa de disposer d’un savoir accumulé et conserve sous des formes écrites ou audio-visuelles. Cela lui permet d’apprendre par le canal d’autres expériences : création de modèles, de théories mises à l’épreuve de la pratique, collecte et classification de données scientifiques, compte-rendus phénoménologiques. La méthodologie scientifique, bien qu’encore assez rudimentaire lorsqu’elle s’applique à des paramètres humains, nous évite d’avoir à « réinventer la roue », en même temps qu’elle nous permet de réviser mentalement ce que nous ne pouvons éprouver directement par le vécu. C’est pourquoi, l’acquis cognitif devient le complément indispensable à la connaissance expérientielle dans le processus d’apprentissage du thérapeute.

L’essence même de la connaissance expérientielle est le développement de notre niveau de conscience découlant de notre connexion à notre voyage intérieur. A mesure que nous avançons en profondeur et que nous augmentons la connaissance de nous-mêmes, des couches de mal-être se dissipent, les perceptions se clarifient et nous devenons de plus en plus capables de différencier nos projections et distorsions de ce qui est. Grâce à cette lucidité, nous nous sentons plus libres de laisser notre intuition guider notre démarche auprès du client. A partir de ces « insights » intuitifs, des aptitudes et des techniques appropriées émergeant spontanément dans le contexte du moment. L’étude préalable de ces aptitudes et techniques est utile en tant que partie du patrimoine d’expériences dans lequel nous puiserons opportunément. Toutefois, mettre uniquement l’accent sur l’acquisition d’aptitudes et de techniques conduirait à créer des techniciens, tandis que privilégier l’investissement dans l’expansion du niveau de conscience, formerait des personnes plus libres et mieux équipées pour être de bons thérapeutes.paper-1100254_1920De même, l’implication du thérapeute dans son voyage intérieur lui procure au moins deux avantages dans sa relation au client: premièrement, le fait de vivre en profondeur et la manière dont cela affecte sa vie intérieure et extérieure, lui permet d’appréhender le parcours du client dans son essence ; deuxièmement, si le thérapeute bénéficie lui-même de ce processus, cela augmente son espoir et sa foi quant au profit que peut apporter la profondeur de la découverte intérieure à l’attitude de chacun devant la vie.

Dans la formation du thérapeute, l’émergence d’un climat d’empathie, de considération positive poppies-164568_1280et de congruence (Rogers 1959) sur lequel nous insistons tellement dans notre relation au client, doit aussi s’appliquer à nous même. Ces qualités sont intrinsèquement reliées comme parties d’un tout. Chacune d’elles prise isolément ne permettrait pas de créé le climat décrit par Rogers. Toutes trois doivent coexister afin de favoriser le changement.

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