The puzzling way that writing heals the body : la traduction

Je vous propose ici, la traduction de cet article dont je vous avais donné le lien au mois d’août dernier. Il a été écrit par Claudia Hammond, le 2 juin 2017. Claudia Hammond est psychologue, elle anime des émissions de radio sur BBC radio 4, l’émission Health Check sur BBC World Service Radio et BBC World News, elle anime une émission au sujet des recherches en psychologie. Et bien d’autres choses à son actif : dont 3 livres en psychologie.

Dans cet article, elle fait un tour d’horizon sur les expériences menées sur le thème de lécriture expressive et guérison.

Écrire guérit le corps de manière incroyable

Est-ce qu’écrire au sujet de nos douleurs, de nos ressentis secrets peut réellement aider à booster le système immunitaire de notre corps ? BBC Future mène l’enquête

Par Claudia Hammond – le 2 juin 2017

En 1986, le professeur en psychologie, James Pennebaker a découvert quelque chose d’extraordinaire, quelque chose qui pourrait inspirer une génération de chercheurs à mener plusieurs centaines de recherches. Il a demandé à des étudiants de passer 15 minutes à écrire au sujet de l’expérience la plus traumatique de leur vie, ou bien, s’ils n’avaient pas vécu d’expérience traumatique, leur période la plus difficile.

On leur dit de se laisser aller, de laisser venir leurs pensées les plus profondes même s’ils n’avaient jamais partagé ces pensées avec d’autres personnes avant. Pendant 4 jours consécutifs, ils ont fait la même chose. Ce n’était pas facile. Pennebaker m’a dit qu’environ un étudiant sur vingt finirait par pleurer, mais quand on leur demandait s’ils voulaient continuer, ils étaient toujours d’accord. Pendant ce temps-là un groupe de contrôle passait le même nombre de sessions à écrire la description de quelque chose de neutre comme un arbre ou bien leur chambre.

Puis il a attendu 6 mois pendant lesquels il contrôlait le nombre de fois où les étudiants allaient au centre de soins. Le jour où il vit les résultats, il quitta le labo, alla voir son ami qui l’attendait dans une voiture et lui dit qu’il avait découvert quelque chose d’énorme. Il était frappant de voir que les étudiants qui avaient écrit au sujet de leurs sentiments profonds avaient significativement rendu moins de visites au docteur pendant les mois concernés.

Depuis le champ de la psycho-neuro-immunologie a exploré le lien entre ce qui est maintenant connu comme l’écriture expressive et le système immunitaire. Les études qui en ont découlées, ont examiné l’effet de l’écriture expressive sur tout, de l’asthme et l’arthrite au cancer du sein, aux migraines. Dans une petite étude menée au Kansas, par exemple, il a été découvert que les femmes avec un cancer du sein ont eu moins de symptômes incommodants et ont eu moins de rendez-vous liés au cancer dans les mois qui ont suivi la pratique l’écriture expressive.

Il y a un domaine où les découvertes sont plus conséquentes : la guérison des blessures.

L’objectif de cette étude n’était pas de regarder le pronostic du cancer à long terme, et les auteurs ne suggèrent pas que le cancer serait affecté. Mais à courts termes, d’autres aspects de la santé de la femme ont paru meilleurs que pour celles du groupe témoin qui ont écrit au sujet des faits entourant leur cancer  plutôt qu’au sujet des sentiments le concernant.

Mais ça ne fonctionne pas toujours. La méta-analyse de Joanne Fratarolli de l’université de California Riverside démontre qu’il y a un effet global, mais un petit. Néanmoins, concernant une intervention qui est gratuite et bénéfique, c’est un avantage qui vaut le coup. Certaines études ont eu des résultats décevants, mais il y a un domaine où les découvertes sont plus importantes et c’est la guérison des blessures.

Pour ces études, des volontaires courageux ont, de façon caractéristique, pratiqué l’écriture expressive, puis quelques jours plus tard, on leur administre un anesthésiant local et on pratique une biopsie à l’emporte-pièce à l’intérieur de leur bras. La blessure est de 4mm et guérit en environ 2 semaines. Cette guérison est contrôlée et toujours, toujours, elle survient plus rapidement si les personnes ont passé du temps en amont à coucher sur le papier leurs pensées secrètes.

Que provoque cet acte qui est de coucher des mots sur le papier ? Au départ, on supposait  que cela se passait simplement par la catharsis, que les gens se sentaient mieux parce qu’ils laissaient sortir leurs sentiments refoulés. Mais ensuite Pennebaker a commencé à étudier dans le détail le langage que les gens utilisaient dans leurs écrits.

Il a découvert que les types de mots utilisés par les gens, pouvaient changer au cours des quatre sessions. Ceux pour qui la blessure guérissait le plus rapidement commençaient pour beaucoup, en utilisant le mot « je », mais dans des sessions ultérieures, ils se sont mis à utiliser « il » ou « elle » plus souvent, suggérant ainsi qu’ils considéraient l’évènement sous d’autres perspectives. Ils utilisaient aussi des mots tels que « parce que », impliquant qu’ils mettaient du sens sur des évènements et les incluaient dans un discours narratif. Donc Pennebaker croit que cet acte simple de mettre des mots écrits sur vos sentiments et de les mettre en histoire influence d’une manière ou d’une autre le système immunitaire.

Mais il y a une découverte curieuse qui suggère que quelque chose d’autre est à l’œuvre. Imaginons simplement un évènement traumatique et son histoire écrite permettant aux blessures de guérir plus vite, donc, peut-être que ça a moins à voir avec la résolution de problèmes passés et plus à voir avec le fait de trouver un moyen de réguler vos propres émotions qui fait la différence.

Écrire au sujet de vos émotions ne renforce pas votre système immunitaire à vie.

Après le premier jour d’écriture, brasser le passé les avait fait se sentir plus mal. Est-ce que le stress amène les gens à fabriquer de l’hormone du stress comme le cortisol, lequel serait bénéfique à court terme et pourrait améliorer le système immunitaire ? Ou bien est-ce l’amélioration de leur humeur après plusieurs jours d’écriture qui amène des bénéfices pour l’immunité ? Pour le moment, personne ne le sait.

Quel que soit le mécanisme, en dépit de plusieurs décennies de recherches montrant que ça fonctionne, c’est rarement utilisé cliniquement. Vous pouvez imaginer la situation où  des personnes devant être opérées reçoivent des instructions d’écriture expressive dans les semaines précédentes, sauf que très peu d’études ont été réalisées sur des populations hospitalisées avec de véritables plaies chirurgicales, mais plutôt sur des étudiants en bonne santé sur lesquels on a artificiellement pratiqué une blessure. Aussi, ça marche mieux pour certaines personnes que pour d’autres, tout cela dépend de la manière dont ils s’engagent dans ce processus. De plus, l’effet est de courte durée, du coup vous devez avoir le bon timing. Ecrire au sujet de vos sentiments ne booste pas le système immunitaire pour toute la vie. Si ces mêmes personnes sont à nouveau blessées quelques mois après l’étude initiale, ils ne guérissent pas plus vite que qui que soit d’autre.

Mais maintenant une nouvelle recherche réalisée en Nouvelle Zélande suggère qu’il n’est pas essentiel d’écrire avant d’être blessé. Cela peut fonctionner aussi bien si vous écrivez après. Ceci ouvre la possibilité d’utiliser l’écriture expressive non seulement lorsque l’opération est planifiée, mais aussi pour les vraies blessures de la vie qui bien sûr ne peuvent être prévues. Kavita Vedhara de l’Université de Nottingham et son équipe en Nouvelle Zélande ont pris 120 volontaires, et les ont fait écrire sur à la fois sur un évènement pénible et sur la façon dont ils ont passé leur dernière journée. Ils ont fait cela soit avant soit après la biopsie sur le haut de leur bras. Les personnes du groupe d’écriture expressive étaient six fois plus susceptibles d’avoir une blessure qui avait guéri dans les 10 jours que les personnes du groupe témoin.Nous aurions besoin d’avoir plus d’études menées avec des patients dans la vraie vie, mais peut-être qu’un jour quand nous aurons eu une opération, on pourra nous donner des instructions pour notre retour à la maison en écriture expressive. Comme Kavita Vedhara me l’a dit dans le Bilan de Santé de la BBC, « l’effet est de courte durée mais puissant ».

 

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