La valeur de l’instant

La survie

flower-887443_960_720La survie, c’est d’abord un temps vécu au jour le jour. Cette donnée a une conséquence fondamentale : le rapport à l’avenir est désinvesti, au moins dans l’immédiat ; d’une certaine façon, le temps d’un avenir disparaît ; il devient un temps sans projets ; car la vie est perçue comme fondamentalement incertaine. Mais ce temps va prendre une épaisseur, consistance dont le prix est la valeur de l’instant.[1] 

Mon vécu de cette période s’est fait au jour le jour. Il m’était impossible de faire des projets à long terme, à moyen terme ni même à court terme. Les seules balises sont les chimios qui reviennent toutes les deux semaines, les rendez-vous médicaux et les rendez-vous pour les soins alternatifs.

Et je profitais de chaque moment présent, puisque je ne pouvais pas me projeter   dans l’avenir même proche.

Le révélateur du système relationnel

La maladie constitue un révélateur du système de relations ; elle a donné lieu à des repositionnements dans mon système system-927147_960_720relationnel. Des personnes se sont éloignées, n’osaient plus me parler ; certaines se sont rapprochées et ont été aidantes ; certaines voulaient absolument que je fasse les choses comme elles le pensaient ; il y a eu beaucoup de cas de figure différents. Et surtout il y a eu un élan de solidarité énorme de beaucoup de personnes capables de m’écouter et de m’accompagner vraiment dans mes besoins et mes difficultés, sans jugement et en toute confiance.

 La maladie m’a appris à vivre

J’ai fait de la maladie mon « chez-moi » temporaire et j’ai essayé de voir les choses autrement ; mais pour cela, il faut se donner la peine de regarder au-delà de ses misères. On peut alors apprendre beaucoup, même en étant dans cet état. En acceptant de vivre ma maladie, je me suis libéré des contraintes que la vie habituelle exerçait sur moi. En cherchant à me connaître, en réfléchissant sur mon passé, sur mon présent aussi et à ce que je voulais pour l’avenir, j’ai dénoué mes liens. Voilà pourquoi, même à l’intérieur de ma maladie, je me sens libre, car je me suis rendu compte que le temps de vivre n’est qu’un sursis. J’ai même en quelque sorte apprivoisé l’idée de ma mort, si bien que j’en suis venu à penser que la mort m’a appris à vivre » (homme malade du cancer depuis 10 ans)[2]

Est-ce que la maladie m’a appris à vivre ? Oui d’une certaine manière. J’ai appris à me connaître. Et comme le dit cet homme, j’ai appris de mon passé pour comprendre mon présent et maintenant j’envisage l’avenir.

 

[1]G-N. FISCHER, Le Ressort invisible, Vivre l’extrême, Paris, Ed. Seuil, 1994, p.171.

[2]G-N. FISCHER, Le Ressort invisible, Vivre l’extrême, Paris, Ed. Seuil, 1994, p.79.          

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